Dimanche, Jean-François Lajeunesse aimerait bien courir le marathon de Nantes en près de trois heures. Un petit exploit, pour cet ancien alcoolique de 55 ans. En 2002, pesant 107 kg, l'homme vidait en effet chaque jour « deux paquets de cigarettes » et « 1,5 litre de rosé ». L'épilogue d'une lente « descente aux enfers » pour cet ex-conseiller municipal de Sainte-Luce-sur-Loire (1995-2001), entamée après sa candidature aux élections cantonales de 1998.
« Un petit notable »
A l'époque, celui qui se voit alors comme un « petit notable » passe ses dimanches à la buvette des matchs de foot. « J'étais vu comme un bon vivant », se rappelle Jean-François Lajeunesse, qui s'est aussi présenté aux législatives de 1997. Le militant socialiste, partisan de Jean-Pierre Chevènement, adore aussi serrer les mains, sur les marchés ou dans la rue, lors des campagnes électorales. Par goût immodéré du « contact humain ».
Un goût que Jean-François Lajeunesse va « pousser à l'excès » après les cantonales. Le courtier en aménagement intérieur prend alors « deux cuites par jour », quitte sa femme pour une aventure sans lendemain, puis commence à dormir à droite à gauche, chez des « copains ». Le déclic ne surviendra qu'en 2002, quand son fils de 17 ans revient d'un footing avec un oncle. « Quand il est parti, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps », se souvient-il. « J'avais été incapable de l'accompagner, alors que j'étais un bon coureur régional à son âge. » Jean-François Lajeunesse arrête donc la clope et l'alcool « presque du jour au lendemain », et se rachète une paire de baskets. Il rencontre aussi le médiateur de la République, qui lui étale le remboursement de ses 100 000 € d'impayés sur plusieurs années.
Son histoire retracée dans un livre
L'homme va aussi consigner jour après jour sa lente rédemption dans un cahier, dont il vient de tirer un récit autobiographique. « Perles d'or sur champ de vie » (éditions Amalthée), publié à compte d'auteur grâce à un micro-crédit, a aujourd'hui été vendu à un millier d'exemplaires. Bénéficiaire du Revenu de solidarité active (RSA), son auteur – qui court à nouveau « entre 80 et 100 km par semaine » sur les bords de l'Erdre – a aussi créé « Se défouler pour renaître », une société où il veut prendre sous son aile une poignée de personnes « déstructurées ». Objectif : « que leur passion dépasse leurs addicti |