L'histoire a commencé avec un simple portail posé à l'entrée d'un chemin menant vers un potager. Le portail de la haine. Comment ce qui, à l'origine, aurait pu passer pour un banal litige entre voisins, pourrait déboucher dans quelques semaines sur l'expropriation de deux retraités ?
Nous sommes à Champagne, petit village de 530 habitants au sud de Rochefort. Il y a une dizaine d'années, Monique et Jean-Claude ont cru bon d'installer un portail à l'entrée de leur potager. « Mon père était forgeron. À une certaine époque, tout le village passait par là. Les gens venaient faire bouillir leurs outils. Tout le monde s'était approprié un droit de passage. Nous avions un verger et des légumes. Un jour, on a décidé de fermer le chemin », raconte Jean-Claude.

Droit de passage
Le début des ennuis. Un artisan qui vient d'acquérir plusieurs parcelles voisines conteste la légitimité du portail. Selon lui, il a un droit de passage. « C'est un passage commun pour plusieurs riverains », martèle-t-il encore aujourd'hui. Mais pour Monique et Jean-Claude, cela ne fait aucun doute : c'est leur propriété. Autrefois, il y a eu des échanges de parcelles entre les deux familles. Le notaire se serait trompé dans la superficie des terrains.
En 2001, le tribunal d'instance de Marennes donne pourtant raison à l'artisan et condamne le couple à verser 150 euros par jour d'astreinte. Une somme que Monique et Jean-Claude, qui vivent chichement dans une vieille maison délabrée, sont dans l'incapacité de payer. Ils finissent toutefois par enlever le portail. Mais les deux parties s'acharnent. De procédures en condamnations, de recours en appels, le conflit débouche en 2008 sur une décision sans appel : la saisie des biens de Monique et Jean-Claude. Leur dette s'élève à 24 000 euros.
Mise aux enchères
Au mois de juin dernier, le tribunal de grande instance de Rochefort prononce la mise aux enchères de leur maison. Le couple parvient à faire appel. Il conteste certains termes de la publication. Depuis, ils ne font que gagner du temps. La mise aux enchères a été reportée au 15 mars. « Ma mère est née là. Moi aussi. Je ne partirai jamais. À 72 ans, qu'est-ce qu'ils croient ? », lance Jean-Claude. « Ça devient insupportable. C'est de l'acharnement. On vit dans un climat de haine depuis dix ans », confie Monique. L'artisan qui a obtenu gain de cause le reconnaît lui-même, c'est une banale histoire de voisinage qui est en train de dégénérer. « C'est une histoire tordue, aberrante », confie-t-il. Mais dans l'affaire l'artisan a aussi perdu gros. Les procédures successives lui auraient au total coûté 25 000 euros. « J'ai tout fait pour éviter ça. Mais aujourd'hui, je veux récupérer cet argent et je ne veux pas passer pour le voleur. J'ai levé le pied mais là, c'est trop », clame-t-il.
Que va-t-il se passer maintenant ? Dans un climat délétère où plaignants et victimes se confondent parfois, quelle issue est possible pour empêcher l'expulsion de deux personnes âgées ?